Mis à jour le 14 octobre 2026 — à la suite des annonces gouvernementales sur les prix de l’énergie et de la forte tension sur les prix 2027.
Le 7 octobre 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a affiché un objectif clair : le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver. Le lendemain, la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon en a fait un « engagement ». L’annonce rassure — mais pour un dirigeant de PME ou d’ETI, elle soulève une question bien plus concrète : ce « gel » protège-t-il réellement le contrat d’électricité de mon entreprise ?
La réponse courte, et elle surprend beaucoup de dirigeants : dans l’immense majorité des cas, non. Pendant que le débat public se focalise sur une promesse qui ne couvre qu’une partie des consommateurs, les prix de l’électricité pour l’année 2027 se tendent fortement sur les marchés de gros. Décryptage de ce que l’annonce change — et surtout de ce qu’elle ne change pas — pour une entreprise.
Ce que le gouvernement a réellement annoncé (et ce qu’il n’a pas annoncé)
À ce stade, il faut distinguer l’intention de la mesure. Le gouvernement a formulé un objectif politique — une électricité qui n’augmente pas cet hiver — sans détailler, à la date de publication de cet article, les mesures concrètes qui permettraient de le tenir. Aucun texte réglementaire n’est encore paru pour matérialiser ce gel.
Le calendrier explique l’enjeu : la prochaine révision des tarifs réglementés de vente d’électricité (TRV, le « Tarif Bleu » d’EDF) est attendue au 1er février 2027, en plein cœur de l’hiver. Ces tarifs évoluent sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), mais sont arrêtés in fine par le gouvernement. C’est précisément ce curseur que l’exécutif dit vouloir maîtriser.
Plusieurs leviers sont sur la table : la fiscalité (l’accise sur l’électricité, ex-CSPE), un éventuel report ou lissage de la hausse, ou un ajustement des paramètres de calcul du tarif. Mais deux limites doivent être gardées en tête :
- Rien n’engage l’État au-delà de l’hiver. Un report de hausse n’est pas une baisse : ce qui n’est pas payé en février peut resurgir plus tard.
- La promesse porte sur le tarif réglementé, pas sur les offres de marché. Or c’est là que se joue la facture de la quasi-totalité des entreprises.
Le gel ne concerne que le tarif réglementé : votre entreprise y est-elle seulement éligible ?
💡 Réduisez vos factures de 15 à 25 %
Audit sous 48 h, sans engagement, aucun coût pour votre structure.
C’est le point que peu d’articles grand public précisent. Le tarif réglementé de vente d’électricité n’est pas accessible à tout le monde. Depuis le 1er février 2025 (loi n° 2024-330 du 11 avril 2024, article L.337-7 du code de l’énergie), le TRV est ouvert :
- aux ménages ;
- aux très petites entreprises (TPE) qui emploient moins de 10 salariés et réalisent au plus 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, de recettes ou de total de bilan annuel.
Autrement dit, une PME ou une ETI — plus de 10 salariés ou plus de 2 M€ de chiffre d’affaires — n’est pas éligible au tarif réglementé. Elle est forcément sur une offre de marché : prix fixe, prix indexé, ou offre structurée négociée avec son fournisseur. Et une offre de marché suit sa propre formule de prix, pas le curseur du TRV.
Conclusion : le gel annoncé pour cet hiver ne protège pas le contrat d’une PME ou d’une ETI. Au mieux, il protège un artisan ou un commerce de moins de 10 salariés resté au Tarif Bleu. Pour savoir où vous vous situez, un premier réflexe est de vérifier la nature exacte de votre offre sur votre contrat et votre dernière facture — notre guide complet du contrat d’électricité professionnel détaille comment lire ces clauses.
Pendant ce temps, les prix 2027 flambent sur les marchés de gros
Le paradoxe de cette rentrée, c’est que pendant que l’on parle de gel, le prix de l’électricité pour la livraison 2027 grimpe nettement sur le marché de gros. Selon les cotations EEX des produits à terme, le contrat électricité « calendaire 2027 » est passé d’environ 94 €/MWh début octobre à près de 104 €/MWh à la mi-octobre 2026, soit plus de 10 % en une semaine. Le 13 octobre, Le Figaro titrait sur une « alerte rouge pour les entreprises qui n’ont pas encore acheté leur électricité pour 2027 ».
Cette tension n’est pas isolée. Le prix du gaz européen a atteint à la mi-octobre son plus haut niveau depuis 2022, porté par la concurrence entre l’Europe et l’Asie pour remplir les stocks avant l’hiver (sources : Le Figaro, BFM, 13 octobre 2026). Or le gaz reste un marqueur de prix de l’électricité en période de pointe. Côté gaz justement, la CRE a déjà acté une hausse de 6,6 % TTC du prix repère au 1er novembre 2026 — un signal de plus pour les entreprises multi-énergies (voir notre analyse sur la hausse du prix du gaz professionnel et comment sécuriser son contrat).
Pour une entreprise, le message est limpide : l’annonce d’un gel ne doit pas endormir la vigilance. Le vrai risque n’est pas la révision du Tarif Bleu auquel elle n’a pas droit, mais le niveau auquel elle signera — ou renouvellera — son offre de marché pour 2027.
Ce qu’une PME ou une ETI doit faire concrètement
Plutôt que d’attendre des mesures gouvernementales qui ne la concernent pas, une entreprise a tout intérêt à reprendre la main sur sa stratégie d’achat. Quatre leviers concrets :
- Connaître sa date d’échéance. Un contrat qui arrive à terme fin 2026 ou courant 2027 doit être retravaillé maintenant, pas au dernier moment, quand la marge de négociation est nulle.
- Lisser plutôt que parier. Sécuriser son prix par tranches (achats échelonnés sur plusieurs mois) évite de tout bloquer sur un pic. C’est l’une des stratégies détaillées dans notre dossier sur les stratégies d’achat d’énergie après la fin de l’ARENH.
- Arbitrer prix fixe / prix indexé en connaissance de cause. Dans un marché haussier et nerveux, un prix fixe apporte de la visibilité budgétaire ; un indexé peut capter d’éventuelles détentes, au prix du risque. Le bon choix dépend de la tolérance au risque de l’entreprise, pas d’une règle unique.
- Agir aussi sur les postes non négociables. L’acheminement (TURPE) et la fiscalité (accise) représentent une part importante de la facture : optimiser sa puissance souscrite et vérifier son éligibilité aux tarifs réduits d’accise est un gisement d’économies, documenté dans notre pilier accises et taxes sur l’énergie.
Pour chiffrer rapidement l’impact d’un prix 2027 plus élevé sur votre budget, vous pouvez estimer votre facture à partir de votre consommation réelle avec notre simulateur de facture d’électricité professionnelle.
Questions fréquentes
Le gel des prix de l’électricité annoncé pour l’hiver 2026-2027 s’applique-t-il à mon entreprise ?
Dans la grande majorité des cas, non. L’engagement gouvernemental porte sur le tarif réglementé de vente d’électricité (Tarif Bleu), réservé aux ménages et aux TPE de moins de 10 salariés réalisant au plus 2 M€. Une PME ou une ETI est sur une offre de marché, qui suit sa propre formule de prix et n’est pas concernée par ce gel.
Quelles entreprises peuvent encore bénéficier du tarif réglementé ?
Depuis le 1er février 2025 (loi n° 2024-330 du 11 avril 2024, article L.337-7 du code de l’énergie), le TRV est ouvert aux très petites entreprises employant moins de 10 personnes et dont le chiffre d’affaires, les recettes ou le total de bilan annuel n’excèdent pas 2 millions d’euros. Au-delà de ces seuils, l’entreprise relève obligatoirement d’une offre de marché.
Pourquoi les prix de l’électricité pour 2027 augmentent-ils malgré l’annonce d’un gel ?
Le gel vise le tarif réglementé, fixé administrativement. Les offres de marché, elles, reflètent les cotations de gros : or le prix de l’électricité calendaire 2027 est passé d’environ 94 à près de 104 €/MWh à la mi-octobre 2026 (marché à terme EEX), dans un contexte de forte hausse du gaz européen. Les deux réalités coexistent.
Faut-il signer son contrat d’électricité 2027 maintenant ou attendre ?
Il n’existe pas de réponse unique. Dans un marché haussier, lisser ses achats par tranches limite le risque de bloquer un prix sur un pic. L’essentiel est d’anticiper l’échéance de son contrat et d’arbitrer prix fixe/indexé selon la tolérance au risque de l’entreprise, idéalement avec l’aide d’un courtier qui suit les marchés au quotidien.
Un report de hausse du tarif réglementé profite-t-il indirectement aux entreprises ?
Marginalement. Le tarif réglementé sert de repère psychologique au marché, mais les offres professionnelles se construisent sur les prix de gros et les coûts d’acheminement, pas sur le Tarif Bleu. Un report ne modifie pas la trajectoire de fond des prix 2027 ; il la décale pour les seuls consommateurs éligibles au TRV.
En résumé
Le « gel » de l’électricité annoncé pour l’hiver 2026-2027 est un objectif politique centré sur le tarif réglementé, dont les PME et ETI sont exclues par construction. Pour une entreprise, la vraie bataille se joue sur son offre de marché, dans un contexte où les prix 2027 se tendent nettement. Attendre une protection qui ne viendra pas, c’est risquer de renouveler son contrat au plus mauvais moment. La bonne démarche est inverse : anticiper, lisser ses achats et optimiser chaque poste de la facture.
Article rédigé par Lucas Charlier, Courtier en Énergie B2B chez DYNAMIS Énergie. Sources primaires et de marché consultées le 14 octobre 2026 : déclarations gouvernementales des 7 et 8 octobre 2026 (Premier ministre, ministère chargé de l’Énergie) ; loi n° 2024-330 du 11 avril 2024 et article L.337-7 du code de l’énergie (éligibilité au tarif réglementé) ; délibération CRE du 12 octobre 2026 sur le prix repère du gaz au 1er novembre 2026 ; cotations à terme EEX de l’électricité calendaire 2027 ; Le Figaro et BFM (13 octobre 2026) pour les niveaux de marché.
Votre contrat d’électricité arrive à échéance ou vous subissez la hausse ? DYNAMIS négocie et sécurise votre prix 2027 au bon moment, et optimise l’acheminement et la fiscalité de votre facture.
Découvrir notre accompagnement en courtage énergie pour les professionnels →
Nos guides pour les professionnels
DYNAMIS ÉNERGIE